Extrait du futur livre de Danis Bois pour apprendre pas à pas à méditer

La méditation est une pratique accessible à tous, il suffit de choisir un endroit calme et silencieux, d’adopter une posture immobile de son choix, de fermer les yeux, de garder le silence et d’écouter, d’observer, et de contempler ce qui se passe à l’intérieur de soi.

J’enseigne la méditation depuis quarante ans et cette longue expérience m’a appris à nuancer cette image idyllique présentée dans les revues ou journaux de la grande presse. Si la pratique de la méditation est effectivement simple, un grand nombre de personnes qui tentent l’aventure éprouvent néanmoins des difficultés à méditer. Excepté pour les personnes qui sont tombées dans la potion magique, méditer demande un minimum de prédispositions et d’initiation.

Aujourd’hui le guidage verbal est un outil très utilisé dans l’apprentissage de la méditation. Une recherche sur internet avec le mot clé « méditation » fait apparaitre un grand nombre de vidéos présentant des animations guidées verbalement. On ne se déplace plus dans l’Inde profonde pour rencontrer un maître spirituel susceptible de nous enseigner l’art de méditer. Maintenant, c’est la méditation qui vient à nous par le biais de la technologie moderne. De fait, aussi incroyable que cela puisse paraitre, il est possible de s’initier à la méditation de façon digitale.

J’ai instauré la méditation guidée verbalement dans le cadre universitaire au tout début des années 2000. A l’époque, cette initiative paraissait pour le moins audacieuse, la méditation n’avait pas encore acquis ses lettres de noblesse dans ce milieu. Tous les matins, je commençais les cours, par une méditation guidée pour optimiser les performances cognitives des étudiants et éveiller la fibre humaine et sensible chez chacun d’eux.

En procédant de cette manière, je rompais avec les coutumes ancestrales où les Maitres que je côtoyais dans les années 80 animaient des méditations silencieuses. On s’installait dans la posture du lotus, le dos en rectitude et nous plongions dans le silence sans aucune intervention verbale de la part de notre guide. Finalement, on percevait l’absolu, ou on ne le percevait pas. En tout cas, l’immersion dans le silence me convenait, je faisais partie des surdoués de la perception. Je sentais tout, et même un peu plus…

Dès mon retour en France, je commençais à animer des méditations auprès des groupes que je formais à cette époque.

Naturellement, influencé par mes séjours en Inde, j’adoptais le silence comme support à la méditation. A travers lui, circulait une énergie en mouvement qui éveillait la fibre sensible du méditant en herbe. Du moins, je le pensais, persuadé que les étudiants vivaient ce que je vivais. Il me fallut un certain temps pour me rendre compte que la grande majorité d’entre eux ne sentait pas grand-chose et attendait impatiemment que la corvée matinale s’arrête.

Je compris, qu’il me fallait changer ma façon de faire. Méditer s’apprend comme on apprend les mathématiques. De la même façon qu’il existe des sous doués en mathématique, dont je faisais partie, il existe des sous doués dans la perception de soi. C’était un fait ! Il fallait composer avec cette réalité.

Pour remédier à cette situation, je décidai de procéder autrement. J’introduisis le guidage verbal sous la forme de consignes qui me venaient à l’esprit spontanément. En fait, je me contentais de socialiser verbalement les pensées et sentiments qui venaient à ma conscience pendant la méditation.

Je décrivais à voix haute l’expérience du moment et offrais ainsi une visite commentée de tout un panel de sensations disponibles à la conscience collective (sensations de chaleur, de profondeur, de globalité, de présence à soi, de sentiment d’exister, de calme, de tranquillité, de confiance et de présence du mouvement interne). Cela permettait à certains de faire des rapprochements avec leur propre expérience. Au fil du temps, le guidage verbal s’enrichissait de toute une panoplie de consignes dont chacune remplissait une fonction bien déterminée dans l’animation de la méditation.

La pratique de la méditation fait partie des outils de la psychopédagogie de la perception depuis son émergence. Avant de prendre le nom de pleine présence, elle s’appelait introspection sensorielle pour deux raisons : le terme méditation était à l’époque tabou dans le milieu universitaire et sa dénomination était représentative de la place que tenait la perception dans notre pratique méditative.

La notion de pleine présence s’est imposée progressivement pour mettre en avant la dimension relationnelle de la pratique introspective. Simultanément, cette mutation était accompagnée de la réflexion suivante : Comment simplifier la pratique de la méditation   et en filigrane, comment la rendre accessible au plus grand nombre. La méditation que je proposais était impliquante et demandait certaines prédispositions cognitive, perceptive et relationnelle d’un niveau élevé. Notre méditation s’adressait à une élite et j’en étais désolé.

Au fil du temps, la présence allait devenir le pôle central de mes recherches universitaires. Si les symptômes du mal-être sont depuis longtemps bien répertoriés, par contre, les symptômes qui accompagnent le manque de présence à soi sont moins connus, comme par exemple le fait de s’ennuyer avec soi-même dès que l’on se retrouve seul ou de s’ennuyer avec le temps présent faute de l’habiter vraiment, avec l’impression étrange parfois d’être en retard ou en avance par rapport à la vie. Que de rendez-vous manqués finalement.

Je prenais conscience des difficultés que certaines personnes éprouvaient dans leur pratique de la méditation : s’asseoir vingt minutes dans un fauteuil, fermer les yeux, adopter une posture immobile et relâchée, et garder le silence sont les meilleures conditions pour mettre le cerveau au repos. Pourtant cette situation de repos déclenchait chez certaines personnes des réactions désagréables (vécu émotionnel, pensées négatives, ennui ou anxiété).

Beaucoup de personnes souffrent d’une addiction à l’action et ne rien faire, comme le propose la méditation est un acte de bravoure. L’inactivité s’accompagne souvent d’un sentiment d’inutilité, d’une impression de ne pas être capable de… et d’être inexistantes au regard des autres.

Le psychologue Wilson de l’université de Virginie illustre la difficulté rencontrée face à l’inactivité. Il demanda à un groupe de participants de s’assoir seuls dans une pièce vide, sans téléphone, sans lecture, ni autre moyen de se distraire pendant une durée de cinq à quinze minutes. Dans ce contexte, 50 % des participants vécurent un moment désagréable. Ce psychologue proposa une nouvelle séance en donnant aux participants le choix de s’administrer un petit choc électrique, 67% des hommes et 25% des femmes s’administrèrent au moins une stimulation électrique. Sans doute, valait-il mieux souffrir que de s’ennuyer…

Comme on le voit, un simple moment de repos est susceptible de déclencher des réactions psychologiques étranges.  Ne rien faire est un luxe qui n’est pas à la portée de tous le rappelle Pascal : « Rien n’est si insupportable à l’homme que d’être en plein repos, sans passion, sans affaire, sans divertissement, sans application. Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide. »[1]

Nietzsche va dans ce sens : « faire n’importe quoi plutôt que de ne rien faire[2]. »

L’addiction à l’action nous dit Le Van Quyen[3], « est une des pires plaies de l’espèce humaine ». La plupart des hommes vivent en sur régime et, plongés dans cette agitation ambiante, ils finissent par se perdre de vue. Cette addiction bien cotée dans le monde de l’entreprise peut s’avérer catastrophique pour l’intériorité.

Dans ce contexte particulier, faire le choix de méditer c’est passer d’une hyper activité à une moindre activité pour ensuite s’offrir un moment d’inactivité réparateur, et finalement accéder au plaisir de ne rien faire. De l’hyper activité, la personne glisse vers une activité contemplative source de calme, de plaisir et de ressourcement qui lui permet de reprendre en main sa vie.

Cet ouvrage, aborde les spécificités de la méditation pleine présence : de quelle conscience parlons-nous ? De quelle présence parlons-nous ? Quelle est la place de la perception, de la sensorialité ? Que signifie la notion « pleine » dans le contexte de la méditation ?  On pénètre au centre des pratiques de méditation et les dialogues sont issus d’interactions. Le lecteur découvre l’arrière scène du déroulé pédagogique qui se déploie selon la dernière innovation de la pleine présence : The Full-présence, Educational Process et le programme qui lui est associé : Step by step.

Le style d’écriture   est un métissage entre le langage parlé et le langage écrit afin de préserver l’atmosphère qui règne dans l’apprentissage en direct de cet enseignement.

[1] Fragment sur le “divertissement”, de Blaise Pascal

[2] Nietzsche – Le Gai Savoir, 1901.djvu/278

[3] Michel Le Van Quyen, 2019, Cerveau et silence, Flammarion