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Méditation Pleine Présence : L’art de cultiver et de partager la chaleur humaine

Origine : Synthèse de la rencontre Pleine Présence et Chaleur Humaine qui s’est tenue les 24 et 25 février 2018 à Paris. Par Hélène Bourhis

« La méditation Pleine présence permet aux personnes de découvrir à l’intérieur d’elles, l’impression incarnée de la chaleur humaine, avant qu’elle ne s’exprime vers l’extérieur ». Danis Bois.

Danis Bois a animé les 24 et 25 février 2018, une rencontre sur la méditation Pleine Présence et nous a présenté son nouveau concept de la Chaleur humaine. La méditation Pleine Présence qu’il propose est une vision novatrice de la méditation qui se recentre vers une humanité plus incarnée dans laquelle l’homme devient plus présent à lui-même, à autrui et au monde. C’est en développant ainsi la qualité de la présence qu’il nous propose de développer la chaleur humaine qui fait tant défaut à notre monde contemporain.

La méditation proposée dans cette rencontre s’adresse aux personnes en bonne santé ou aux personnes subnormales, c’est-à-dire celles qui ne présentent pas de troubles nécessitant une prise en charge médicale ou psychologique. Cependant, cette méditation s’inscrit dans une démarche préventive concernant la santé et s’avère aidante pour les personnes qui se trouvent en difficulté de vie ponctuelle. Mais sa pleine application prend tout son relief chez les personnes qui sont à la recherche d’un épanouissement plus grand et d’un accomplissement de soi.

Danis Bois dresse tout d’abord une revue de littérature rapide concernant le point de vue de la science sur la méditation, au plan neurophysiologique (action sur les structures cérébrales et leur plasticité), au plan cognitif (amélioration des compétences attentionnelles, volitionnelle, perceptive, de mémoire, de conscience, de réflexion), et enfin au plan de la santé (action sur la douleur, sur le stress, l’anxiété, la dépression).

Mais au delà de ces indications, il inscrit clairement la méditation Pleine Présence dans une quête du bien-être telle que définie par Ryff et Keyes (1995) : «  retrouver une bonne estime de soi, poser un regard positif sur sa vie, entretenir de bonnes relations avec les autres, acquérir une sensation de plus grande maîtrise sur sa vie et sur son environnement, être capable de prendre des décisions propres, devenir autonome et enfin donner du sens à sa vie. »

« La méditation Pleine présence contacte le corps en amont de l’affect, de l’émotion, de la pensée contrôlée et donne accès à la fibre sensible de la partie humaine du corps porteuse de bien-être, de plénitude, de joie et de chaleur humaine ». Danis Bois

 

Éthique de la confiance en la nature humaine

Pour introduire le concept de la chaleur humaine, Danis Bois cite une phrase extraite du livre L’art de la méditation de Matthieu Ricard : « La méditation est une pratique qui permet de cultiver certaines qualités humaines fondamentales. »

Pour expliciter ce thème, il présente quatre principes fondateurs qui invitent les personnes à développer la confiance en la nature humaine et la chaleur humaine en tant qu’impression intérieure et expression dans le monde.

  1. Se familiariser avec une vision plus juste et claire des choses 

« La méditation pleine présence permet, grâce à l’enrichissement des potentialités perceptives, d’étudier les effets des événements extérieurs sur son propre corps, sur sa vie émotionnelle, affective et psychique et, sur la base du vécu corporel, de tirer du sens et de réguler son attitude. » Danis Bois

Nous sommes invités à prendre du recul sur notre vie, à prendre notre temps et à nous extraire de l’agitation pour créer les conditions optimum qui permettent une réflexion plus analytique de nos manières d’être dans la vie.

De façon récurrente, l’homme s’interroge légitimement sur le sens à donner à sa propre vie. Ce questionnement existentiel le fait souvent osciller entre la réalité d’une existence insatisfaisante et une aspiration vers un idéal inatteignable. Entre les deux, il y a une marge de manœuvre et c’est cet espace que la méditation Pleine présence nous propose d’explorer.

La méditation est un procédé de grossissement des attitudes et des ressentis, qui ne sont habituellement ni perçus ni conscientisés par la personne. Pour y parvenir, il faut faire appel à la virtuosité introspective grâce à laquelle nous pouvons nous observer et nous sonder nous mêmes. Il ne s’agit pas simplement de percevoir un événement extérieur à soi, mais de saisir ce qui se joue à l’intérieur du corps, et qui est convié à apparaître dans le champ de la conscience.

  1. Cultiver les qualités que nous possédons tous en nous mêmes, latentes et qu’il faut déployer.

« La méditation Pleine présence mobilise ce qu’il y a de plus grand dans l’homme. » Danis Bois

Cette notion repose sur le courant humaniste et rejoint le propos de Rousseau pour qui : « tout est bien sortant des mains de la nature. ». Nous constatons que, soumise aux mains de l’homme, la nature humaine a fini par s’altérer. Nous découvrons que l’homme a le moyen de mieux faire. L’homme en tant que partie de la nature est lui aussi animé par le désir de production de lui même, mais selon Spinoza, la tristesse vient lorsque nous sommes empêchés de réaliser le conatus[1] à cause des choses extérieures.

Parler de la nature humaine c’est parler d’une essence universelle qui s’appliquerait à tous et à chacun. Cette essence universelle va dans le sens du beau, du meilleur, de la perfection que chacun a en lui même, quelle que soit sa race, son genre, sa culture. Au lieu de rechercher le plus grand que l’homme, il faut déplacer son intérêt pour développer ce qui est le plus grand dans l’homme. Il s’agit là d’une potentialité à actualiser pour entrer en relation avec la nature de l’homme, et c’est par la biais du déploiement de l’enrichissement perceptif que nous mobilisons les potentialités de la nature humaine.

Dans cette perspective, la nature tend vers la perfection, la plasticité, la croissance, l’adaptation. En disant cela, nous prolongeons la pensée de Rogers pour qui  : « l’homme a en lui, depuis sa naissance une force vitale qui le pousse à se développer, à évoluer et à combler ses besoins ».

  1. Le bonheur étant naturellement en soi, il faut aller le chercher en soi.

« La méditation Pleine Présence permet aux personnes d’accéder au lieu du Sensible à partir duquel les attitudes changent : à force de côtoyer le beau en soi, on finit par lui ressembler dans sa manière d’être et dans ses actions ». Danis Bois

Dans le développement de la dialectique bonheur intérieur/bonheur extérieur se dégage l’idée centrale que nous avons à l’intérieur du corps, un lieu sensible vierge de toute turbulence et qui renvoie lorsqu’on y accède à un véritable moment de bonheur intérieur. Ce lieu du Sensible fait fonction d’amortisseur des affects extérieurs.

Avant de commencer une quête vers le bien-être, il convient de se poser trois questions : qu’est ce que je souhaite le plus profondément ? Quelles sont les choses que je veux améliorer et qui ne dépendent que de moi ? Quelle confiance ai-je en mes possibilités ? Se poser la question avant de commencer sa quête n’implique pas d’y répondre. Il s’agit de se lancer dans un processus qui progressivement donnera des pistes de réponses individuelles. Si une aide extérieure est précieuse pour parfois y voir plus clair, la réponse la plus appropriée est la sienne propre.

Pour cela, la méditation est un lieu de rencontre avec soi. On y rencontre sa propre pensée, et son désir de créativité pour reformuler ses points de vue, ses représentations et ses présupposés et rencontrer une force d’impulsion à l’action, voire une envie de vivre pleinement.

  1. La grande majorité des personnes souhaite davantage de chaleur humaine dans leur vie

« Pratiquer la méditation Pleine Présence, c’est bien sûr poser son attention sur l’instant du présent, mais c’est surtout déployer une dimension relationnelle chaleureusement humaine digne de notre humanité. La Pleine Présence à soi et à autrui est le sésame pour accéder à la chaleur humaine. » Danis Bois

Tout le monde a fait l’expérience, face à une mauvaise nouvelle, un stress ou une situation anxiogène de ressentir dans son corps une sensation de froid. À l’inverse, dans une situation bienveillante le cœur se réchauffe et le corps aussi. La chaleur est en lien avec la pensée et les attitudes positives et tout cela est en lien avec la biologie de régénération (ocytocine, endorphines, etc.).

Le concept de la chaleur humaine est né de la sensation tactile de la chaleur ressentie par les personnes lorsqu’elles sont touchée par une main chaleureuse et qu’elles découvrent le cheminement lent du mouvement à l’intérieur d’elles mêmes. À ce moment, la personne témoigne en conscience du processus dynamique qu’elle sent en elle et qui la met en présence d’un enrichissement de toutes ses facultés relationnelles.

Il n’y a jamais assez de chaleur humaine et toujours trop d’affectivité. Ces deux composantes sont mal différenciées dans l’esprit de beaucoup de monde. L’affectivité se manifeste dans le besoin de l’autre, besoin de lui pour combler les manques, pour être rassuré, pour exister. La chaleur humaine quant à elle est ouverte à l’autre sans avoir besoin de lui.

La présentation du concept de la chaleur humaine reprend les manifestations internes et externes de la spirale processuelle du Sensible à travers une découverte de sentiments internes et organiques. En effet, les différents sentiments décrits dans ce modèle sont autant de manifestations qui reflètent la chaleur humaine à partir de laquelle les attitudes et comportements vont dans le sens de la bienveillance, de la compassion, de l’empathie, de l’écoute et de l’optimisme.

Spirale processuelle du rapport au sensible et manifestation de la chaleur humaine (Bois, 2007)

Méditation Pleine Présence - chaleur humaine - Danis Bois

Méditation Pleine Présence – chaleur humaine – Danis Bois

La chaleur humaine ne doit pas rester dans la sphère individuelle et singulière, même s’il faut réaliser un retour « de soi vers soi » pour découvrir la chaleur humaine inhérente au mouvement de la vie. L’objectif est avant tout de manifester de la chaleur humaine vers autrui.

La tendresse d’un regard, d’un toucher, d’une simple présence peut parfois faire la différence dans la vie de quelqu’un et cela quel que soit l’âge, le genre, la couleur et la culture. Le besoin de chaleur humaine, d’attention et d’affection est dans la nature humaine puisque l’homme comme le dit Lévinas est d’abord et avant tout un homme d’altérité.

Le processus de la chaleur humaine est donc un mouvement de soi vers soi et de soi vers autrui. La pédagogie mise à l’œuvre dans la pratique de la méditation pleine présence privilégie d’abord le retour à une présence à soi, puis l’ouverture de cette présence vers autrui pour enfin instaurer une double circulation nommée relation de « réciprocité actuante ».

  • Empathie, Intersubjectivité et réciprocité actuante

Dans le contexte de la méditation pleine présence, la communication de la chaleur humaine, se fait sur le mode de cette réciprocité. En fait, la réciprocité actuante associe les notions d’empathie et d’intersubjectivité comme point de départ de la relation.

Nous avons donc déployé le concept de l’empathie sous tous ses aspects (cognitif, affectifs, psychiques) pour arriver à l’empathie définie par Rogers qui est à la fois accueil d’autrui sur le mode de la résonnance et de la stratégie de respect pour autrui. C’est donc une manière d’être avec autrui en précisant que se mettre à la place d’autrui n’est surtout pas avoir des réponse à sa place.

Puis nous avons abordé l’intersubjectivité qui est une donné phénoménologique importante car elle est fondée sur l’empathie, mais aussi sur un enracinement corporel et une expérience vécue. Plus le sujet habite le corps intimement, plus sa conscience sera affinée dans sa capacité à se percevoir en tant que sujet incarné. Dans cette perspective, le corps vécu dépend de la manière dont le sujet l’habite et de l’attention qu’il lui porte. Le corps est d’autant plus incarné qu’il est corporellement conscient de lui-même, et par suite originairement ouvert au monde.

Sous cet éclairage, nous voyons poindre la dimension de la réciprocité sur le mode du sensible. En effet, on retrouve les mêmes modalités : être corporellement conscient de soi même, rassembler le corps et l’esprit en une unité, construire un espace incarné et développer graduellement la perception de soi et de l’autre.

La réciprocité a plusieurs déclinaisons à partir d’une définition classique : « caractère de ce qui est réciproque », qui se retrouve dans la sphère de l’économie solidaire ou de la dialectique du don, il existe une autre éthique de la réciprocité plus morale : « traiter les autres comme on voudrait être traité si on était à leur place ».

Les premières lettres de noblesse conférées à la réciprocité ont été données par le philosophe Buber. On entre avec lui dans une relation immédiate qui dépasse la dimension de l’échange. Pour Buber, le monde de la relation est un ensemble plus vaste et s’établit dans trois sphères : celle de la vie avec la nature, celle de la vie avec les hommes où la relation avec l’absolu devient possible voire manifeste, et celle de la communion avec les essences spirituelles : c’est ici le berceau de la vie véritable et où l’amour est une radiation cosmique.

Cette vision de la dimension relationnelle globale qui associe l’empathie, l’intersubjectivité et la réciprocité sont des modalités qui se retrouvent dans la réciprocité actuante de Danis Bois. Ce dernier associe à ces modalités une relation de présence à soi et à autrui sur la base partagée du sensible. Cela est rendu possible grâce à une immersion corporelle forte, intense, perçue et conscientisée en lien avec le mouvement interne. C’est dans cette atmosphère relationnelle que se dévoile le triple mouvement de la chaleur humaine de soi à soi et de soi à autrui et d’autrui vers soi.

  • Chaleur humaine et bienveillance

Danis Bois préfère le terme de chaleur humaine ou relation sur le mode de la chaleur humaine à celui de la bienveillance. En effet, si la bienveillance est une expression de la chaleur humaine, elle est devenue souvent une stratégie pour obtenir le concours des autres et créer autour de soi le climat bienveillant qui fait la réussite certaine. C’est la raison pour laquelle la stratégie de la bienveillance est devenue une référence du coaching. Une fois cet avertissement relevé, les attitudes bienveillantes envers soi et envers autrui sont indispensables dans une quête de relation qui se construit autour de la chaleur humaine.

Dans cette perspective, être bienveillant nécessite un travail de fond et un haut niveau d’exigence envers soi même. Il s’agit de remettre l’humain ou plus précisément d’activer la nature humaine originairement bonne, généreuse, dynamique et chaleureuse.

La méditation pleine présence aide à découvrir les pépites de la chaleur humaine qui se tient dans un lieu du corps le plus souvent inactivé. Le cheminement est d’une simplicité limpide pour vivre en soi les qualités qui expriment la présence de la chaleur humaine. Nous ressentons alors pendant la méditation le lien qui existe entre une sensation corporelle, un sentiment et une tendance actuante à modifier son attitude.

Le processus positif de la construction de la chaleur humaine à partir de vécus corporel

  1. La perception de la chaleur renvoie la personne à un sentiment de confiance chaleureuse influençant la relation de confiance en elle-même, envers les autres et des autres envers elle.
  2. La perception de la profondeur renvoie la personne à un sentiment de concernation et d’implication influençant le degré d’intérêt, de curiosité et de motivation.
  3. La perception de la globalité renvoie la personne à un sentiment d’unité, de stabilité, de solidité influençant sa vie quotidienne dans son mode de relation.
  4. La perception de la présence à soi renvoie la personne à un sentiment d’existence de soi qui influence la qualité de la présence à autrui.
  5. La perception du sentiment d’exister renvoie la personne à un sentiment d’autonomie qui influence l’affirmation de soi dans ses actions.

La connaissance par contraste comme processus de prise de conscience des états antérieurs

Au fur et à mesure que nous avançons dans la pratique de la méditation, la dimension de la connaissance par contraste prend forme. Dans le cadre de son processus de découverte, nous sommes invités à nous prononcer sur la valeur que nous donnons à la connaissance interne et singulière qui se donne dans l’expérience du Sensible. La rencontre entre le vécu corporel, d’où découle une connaissance interne donne lieu à un nouveau regard sur le mode de fonctionnement antérieur.

  1. Le vécu de la chaleur révèle l’absence d’une relation au vivant jusqu’alors, source de doute, de méfiance et d’absence de confiance.
  2. Le vécu de la profondeur révèle le côté superficiel de la manière d’être jusqu’alors.
  3. Le vécu de la globalité révèle le caractère morcelé, désuni et le manque de solidité jusqu’alors.
  4. Le vécu de la présence à soi révèle comment la personne a été jusqu’alors coupée d’elle même et des autres.
  5. Le vécu du sentiment d’exister révèle le manque d’affirmation de soi jusqu’alors.

On assiste, alors à un renversement des valeurs concernant le rapport au passé. Habituellement, la psychologie traditionnelle invite à explorer le passé afin de mettre à jour des traumatismes refoulés. Dans le contexte du sensible, le passé semble se réactualiser dans le présent sous la forme de perceptions nouvelles d’état intérieurs, de tonalités qui véhiculent le souvenir enfoui d’un état, d’une attitude, d’un rapport plus que d’un événement.

Quelques exemples de phrases traduisant la connaissance par contraste. L’enrichissement des potentialités perceptives conduit à des prises de conscience de l’état antérieur au contact de l’actuel par contraste. Ainsi par exemple, au moment où la personne fait l’expérience d’un « corps vivant » : « J’aime sentir que mon corps est vivant », elle prend conscience de l’état antérieur dans lequel elle était. Elle était dans un processus de non vie qu’elle ne soupçonnait pas jusqu’alors :  » Je ne me rendais pas compte que j’étais dans un processus de non-vie, de non-moi « . Un autre exemple : au moment où la personne découvre l’état de confiance en elle, « Cette méthode m’a redonné une part de confiance en moi », elle prend conscience par contraste que jusqu’alors et de façon insoupçonnée, elle se percevait comme nulle : « Être parfaite, sinon je suis nulle, ne pas faire d’erreur ».

Exemple de connaissance par contraste

« J’aime sentir que mon corps est vivant »   « Je ne me rendais pas compte que j’étais dans un processus de non-vie, de non-moi »
« Aujourd’hui, j’ai senti la Vie en moi, ce fut une seconde naissance »  « Je voyais la vie en dehors de moi, autour de moi, mais jamais en moi »
« j’avais les larmes qui coulaient ; ce n’était pas des larmes de tristesse mais des larmes de joie intense tellement c’était délicieux. »  « J’étais désespéré, au fond de moi »
« C’est aujourd’hui que je prends conscience de l’ampleur de ce travail de construction, de solidité, de capacité à m’adapter »  « Je n’aimais pas l’imprévisible »
« Cette méthode m’a redonné une part de confiance en moi »  « Être parfaite, sinon je suis nulle, ne pas faire d’erreur »

Filiation de la méditation Pleine Présence

Généralement, la méditation est assimilée à la spiritualité. Mindfulness ou méditation Pleine Conscience est selon Kabat Zinn une reformulation du bouddhisme. La méditation Pleine présence ne se revendique d’aucun courant spirituel et s’inscrit dans une spiritualité de l’immanence, c’est-à-dire sans croyance en un Dieu, ni en aucun dogme et place l’homme au centre du processus de croissance, et au bout du chemin, on découvre la plus pure joie, la plus grande plénitude et la plus forte intensité de la chaleur humaine. Le moyens pour y parvenir est l’enrichissement perceptif, le déploiement de la pleine présence dans un rapport Sensible à soi aux autres et au monde.

  • Ancrage phénoménologique

« La pleine présence place le corps comme lieu d’expérience de soi et c’est à partir de lui que nous nous éprouvons et que nous nous sentons vivant. Le degré de présence à soi définit la profondeur de la relation à autrui. » Danis Bois

Être présent, c’est être présent à ce qui se déroule dans l’instant, à l’image du musicien qui découvre sa partition en même temps qu’il la joue.

Cette méditation privilégie la perception et revendique la primauté de la perception sur la conscience. La dimension perceptive au sens de la pleine présence, est la restauration d’une qualité de présence avec sa vie intérieure et particulièrement avec l’ensemble des phénomènes qui apparaissent au contact du mouvement interne perçu et conscientisé.

La pleine présence appliquée aux états du corps et aux états de la pensée nous permet de nous saisir de manière immédiate, en temps réel de l’action. La perception a donc la particularité de n’avoir besoin d’aucune médiation pour prendre conscience des phénomènes qui apparaissent dans l’expérience. Donc grâce à la pleine présence, nous sommes conscients de ce que nous percevons (ce n’est pas parce que nous sommes conscients que nous percevons).

À travers la subjectivité corporelle s’ouvre une activité « pensante non réfléchie » selon une dynamique d’émergence qui n’emprunte pas les voies réflexives habituelles. La pratique de cette connaissance pendant la méditation nous donne accès à une forme de pensée ressentie ou à une forme de ressenti pensé.

Il faut donc prendre le temps de ressentir les états du corps, puis progressivement, découvrir ce qui est inscrit au plus profond de nous, une tendance vers l’accomplissement.

  • Ancrage humaniste

« Percevoir le mouvement interne qui est le cœur même de la méditation Pleine Présence, c’est contacter cette puissance d’agir qui aide à déployer la résolution à ses problèmes ». Danis Bois

L’homme est conçu pour bouger, changer et se mettre en mouvement.. Cette idée est reprise par Rogers pour qui « un même principe de vie anime l’individu et l’univers, y créant le mouvement, selon un processus directionnel qui lui est propre ». Tout processus de changement implique donc une mise en mouvement de quelque chose. Mais pour autant, l’homme est-il conscient qu’il possède à l’intérieur de lui la manifestation tangible et palpable d’une puissance de vie. Percevoir le mouvement interne qui est le cœur même de la méditation Pleine Présence, c’est contacter cette puissance d’agir qui aide à déployer la résolution à ses problèmes.

Le mouvement interne est décrit comme une puissance de vie, une force de transformation qui dynamise les potentialités de l’être.

  • Ancrage dans le paradigme du Sensible

« La méditation pleine présence favorise la rencontre entre la matière vivante, le mouvement interne et le sujet qui se perçoit percevant, ressentant et pensant. De là découle la rencontre avec la chaleur humaine propre au mouvement de la vie ». Danis Bois

La notion de présence investit tout un champ relationnel constitué d’une qualité d’écoute, de bienveillance et une volonté bien marquée d’apprendre de cette relation. L’installation de la relation de présence nécessite des étapes successives. Tout d’abord la concentration, puis la mobilisation attentionnelle focalisée et ouverte, et enfin, la pleine présence qui conduit à la sensation de flow où aucun effort attentionnel n’est à produire. C’est l’harmonie totale. De là découle la relation de présence à la chaleur humaine qui se tient à l’intérieur du corps dans le lieu du Sensible. Dans cette perspective, nous sommes en présence d’un septième sens ou sens de la matière représentant la forme la plus subtile de la perception interne.

La méditation pleine présence favorise l’accès à ce lieu du Sensible dans la rencontre entre la matière vivante, le mouvement interne et le sujet qui se perçoit percevant, ressentant et pensant. De là découle la rencontre avec la chaleur humaine propre au mouvement de la vie. Cette chaleur donne le sentiment d’un soleil à l’intérieur de soi qui rayonne vers les autres. Il est important de développer la chaleur humaine naturelle que tout homme porte en lui et qui a la vocation d’être partagée avec autrui.

Un exemple de pratique méditative : Comment cultiver la chaleur humaine en soi

Ambiances

Dans le prolongement de l’atmosphère chaleureuse créée par les personnes qui assistent à cette rencontre, les pratiques méditatives ont une place centrale. Nous bénéficions plusieurs fois par jours de moments de méditations guidées, qui sont en quelque sorte l’illustration vécue de la philosophie du Sensible.

Le silence comme support actif

« Lorsque le silence est habité par la présence humaine, il s’habille d’un principe actif » Danis Bois

L’accent est mis sur l ‘écoute du silence qui est le support fondamental de la pleine présence. En effet, l’écoute du silence glisse progressivement de l’atmosphère sonore objective vers une atmosphère intérieure, subjective. On assiste alors à une dynamique de transfert entre l’écoute du silence objectif (absence de bruits extérieurs) et le silence subjectif (rapport qualitatif).

Ainsi, le silence se transforme en une qualité de présence. Lorsque le silence est habité par la présence humaine, il s’habille d’un principe actif et nous ressentons alors la présence d’un mouvement interne qui crée une atmosphère collective profonde, paisible, calme, tranquille qui va optimiser le lien singulier. Nous avons alors le sentiment que nous partageons une expérience commune de profondeur et de chaleur humaine que chacun vit à sa façon. Ce silence en mouvement éveille la partie la plus intime de soi, engendrant des tonalités internes positives et chaleureuses.

L’immobilité dans la posture du corps

« La posture immobile, assise, confortable et relâchée participe à la qualité du silence collectif et singulier. Elle marque aussi une volonté de s’extraire de l’agitation et de prendre son temps. » Danis Bois

La posture du corps est importante et notamment l’immobilité associée au relâchement du corps. Ces deux conditions préalables à la méditation favorisent l’émergence, l’incarnation et la révélation du mouvement interne. Elle instaure également un sentiment de stabilité individuelle et collective pour celui qui la vit et en prend conscience.

La consigne systématiquement donnée au début de la méditation est « chacun de vous participe à la qualité du silence collectif ». Dans ce sens, le silence collectif participe à la qualité du silence individuel et inversement engendrant un jeu de réciprocité relationnelle entre l’immobilité et la mobilité, entre le dedans et le dehors. De là découle un sentiment et une conscience de globalité voire même de totalité, le un étant dans le tout et le tout étant dans le un animé d’un même mouvement lent, global et profond.

De la chaleur corporelle à la chaleur humaine

Le regard intérieur s’oriente vers la chaleur thermique du corps afin de distinguer les zones chaudes des zones froides, puis ressentir les modulations de la chaleur qui augmente au fur et à mesure de la méditation. Et enfin, laisser la chaleur diffuser du coeur à l’ensemble du corps. A ce moment là, le mouvement interne est plus incarné et s’installe une atmosphère chaleureuse donnant lieu à divers sentiments organiques point de départ de la chaleur humaine.

Atmosphère visuelle : accès à une coloration tamisée et reposante

Le sens visuel est également recruté à travers les paupières fermées nous repérons la présence d’une atmosphère colorée, tamisée, et reposante dans la mesure où fermer les paupières c’est entrer à l’intérieur de soi et se couper de la distraction extérieure. Une fois que nous nous sommes familiarisés avec une luminosité bleutée le plus souvent ou d’une autre couleur, nous constatons la présence d’une animation lente qui occupe les espaces internes et externes sans différenciation.

La pensée qui se donne

Une fois ces sensations perçues, s’installe un état de veille de la conscience qui donne accès à des donations immédiates de sens sous la forme d’une pensée non réfléchie. Parfois imaginaire, métaphorique ou symbolique, cette pensée est ensuite prises en relai par la réflexion.

En conclusion

Au contact du mouvement interne perçu en conscience, se révèlent des états psychiques positifs qui sont autant de supports à l’émergence de la chaleur humaine.

D’abord, toujours guidés par des consignes verbales, nous observons un état de stabilité corporelle qui nous renvoie à une stabilité psychique.

Puis nous sommes invités à percevoir en temps réel des états de conscience qui se modifient de façon chronologique donnant lieu à des qualités de l’esprit : la stabilité qui s’oppose à l’instabilité, la détente qui s’oppose à la tension, la tranquillité qui s’oppose à la préoccupation, le calme qui s’oppose à l’agitation, pour arriver à l’état de sérénité et de plénitude.

Ensuite nous observons les qualités du cœur : état de chaleur, de douceur, de confiance, de bienveillance, de bonheur et de joie.

Lorsque les qualités du cœur et de l’esprit se rejoignent on assiste, en direct et en conscience, au passage d’un état vers un autre état, qui nous plonge dans un climat de chaleur, de globalité, de profondeur, de présence à soi et d’existence qui sont autant de qualités de la chaleur humaine.

« On apprend alors à cultiver la chaleur humaine au creux de la nature humaine. ‘Cultiver’ c’est creuser dans la profondeur et remuer le terreau fertile du vivant qui se trouve en germe dans le corps humain. C’est aussi adopter une certaine discipline afin qu’émerge la graine du beau, du meilleur dans ses façons d’être. Enfin, cultiver, c’est pratiquer régulièrement la méditation. Vient alors le moment de ‘récolter’ le fruit de la chaleur humaine fait de sensations intimes qui se transforment en soleil pour soi et en rayonnement autour de soi car le beau, l’amour, le bonheur, la joie, la motivation se propagent comme une rumeur positive : L’homme a soif de chaleur humaine, elle est le socle du savoir vivre ensemble. » Danis Bois

Bibliographie :

Buber, M. (1969). Je et Tu. Paris : Aubier.

Bois D. (2006) Le Moi renouvelé. Ivry : Point d’appui

Bois, D. (2007). Le corps sensible et la transformation des représentations chez l’adulte : Vers un accompagnement perceptivo-cognitif à médiation du corps sensible. Thèse de doctorat européen, sous la direction d’Antonio Morales et d’Isabel Lopes Gorriz. Séville : Université de Séville, département didactique et organisation des institutions éducatives. http://www.cerap.org/sites/default/files/public-downloads/doctorats/these_danis-bois-2007.pdf

Bourhis H : Toucher manuel de relation sur le mode du Sensible et Intelligence sensorielle. Thèse de doctorat en sciences de l’éducation de Paris 8, dirigée par Jean Louis Legrand et soutenue en Juillet 2012. pp. 92-97.  http://www.cerap.org/sites/default/files/public-downloads/doctorats/these_helene-bourhis.pdf

Ricard M. (2011), L’art de la méditation. Groupe Robert Laffont

Rogers, C. (2002). L’approche centrée sur la personne. Genève : éditions Naudin.

Rousseau, J.-J. (1966). Émile ou de l’éducation. Paris : Flammarion.

Ryff et Keyes. The structure of psychological well-being revisited. Personality Soc Psycho 1995, 69: 719-727

[1] Terme utilisé par Spinoza pour définir l’effort par lequel toute chose s’efforce de préserver son être. L’homme est par nature une puissance d’exister, un mouvement de préservation.

déc 27

La fasciathérapie, vers plus de connaissances scientifiques

La fasciathérapie s’inscrit dans le champ international de la recherche sur le fascia et se situe dans une volonté de développer une thérapie manuelle des fascias fondée sur les données scientifiques. Au-delà de nos frontières, des kinésithérapeutes, des chercheurs, des médecins et des cliniciens militent pour l’intégration du fascia dans la pratique clinique (Fascia Research Congress , Fascia Research Society ).

La fasciathérapie est totalement intégrée à ce champ international de recherche :
– organisation de congrès scientifiques sur le fascia : 4th European Fascia Congress 2015, Fascia Sport et Récupération 2014
– participation aux congrès internationaux sur le fascia : Fascia Research Congress 2015, British Fascia Symposium 2016, 4th European Fascia Congress 2016 

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En collaboration avec le CERAP , les acteurs de la fasciathérapie développent la recherche qualitative dans les soins et militent pour des méthodes mixtes (quantitative et qualitative) qui permettent d’étudier et d’évaluer les aspects objectifs (mesures) et subjectifs (expérience vécue) de leurs pratiques (lire ici). Ils sont également attachés à la recherche sur le terrain et à la posture de praticien-chercheur qui permet de développer simultanément les compétences de chercheur et de praticien. Un article sur ce type de méthodologie a été publié récemment dans la revue internationale Recherche Qualitative : Combinaison d’approches quantitatives et qualitatives pour l’évaluation des effets de la fasciathérapie méthode Danis Bois sur la douleur de patients fibromyalgiques  (Dupuis, 2016).

Sur le plan épistémologique, la fasciathérapie s’inscrit dans le champ des thérapies manuelles et gestuelles qui considèrent que le corps n’est pas seulement un objet anatomique mais possède une dimension de sujet. Le développement de la relation au corps a été étudié et quand la fasciathérapie se définit comme une pratique à « médiation corporelle », elle s’appuie sur un champ théorique référencé dans les bases de données biomédicales (Body and Self Awareness ) et étayé par un corpus théorique qui met en avant la phénoménologie, la psychologie humaniste ou la philosophie existentielle mais aussi le fascia et ses liens avec l’intéroception (Calcius et al ). La fasciathérapie accorde ainsi à la sensation, à la perception et à l’expérience vécue un statut scientifique et elle étudie de quelle manière la perception du corps et du toucher joue un rôle dans les processus thérapeutiques et éducatifs. Les recherches montrent ainsi que l’enrichissement de la perception du toucher et du corps par la pratique de la fasciathérapie est une source de développement des capacités thérapeutiques, relationnelles et éducatives (Courraud, 2015 , 2016) .

Les notions de globalité, de psychotonus, et de sensibilité, sont aujourd’hui validées par des observations scientifiques instrumentales et largement admises par la communauté internationale. La continuité tissulaire (Guimberteau, 2015 ), le tonus et la contractilité fasciale (Schleip, 2005 ) et la sensibilité fasciale (Schleip, 2014 ) et leur lien avec le système nerveux sont aujourd’hui largement documentées et incontestables tout comme la notion d’autorégulation et de mouvement de la matière vivante.

La fasciathérapie est un champ de pratique dont le corpus théorique est aujourd’hui scientifiquement valide au regard des connaissances scientifiques les plus récentes. Elle s’appuie sur des concepts biomédicaux (recherches expérimentales) et sur des concepts issus des sciences humaines (phénoménologie, psychologie humaniste) ce qui l’inscrit dans un double paradigme.

déc 11

La MIVILUDES condamnée, la FASCIATHERAPIE réhabilitée par la Cour Administrative d’Appel de Paris le 07 décembre 2017

L’honneur de Danis Bois est restauré à travers la réhabilitation de la fasciathérapie

La Cour Administrative d’Appel de Paris a rendu le 07 décembre 2017 l’arrêt suivant : « Les informations concernant la fasciathérapie ne doivent plus figurer dans le guide « Santé et dérives sectaires » publié par la mission interministérielle de vigilance contre les dérives sectaires (Miviludes) en avril 2012. ».

IMG_0074_2J’ai pris l’habitude dans ce blog d’aborder des thématiques qui me sont chères, le plus souvent sous le sceau de la confidence. Dans cet esprit, j’ai abordé la fasciathérapie, dont j’ai été le précurseur dans les années 80, avant de m’en éloigner. J’ai partagé aussi ma réflexion sur ce qui fut réellement mon métier pendant 20 ans, la psychopédagogie de la perception, la philosophie et la recherche scientifique dans le courant des sciences humaines et sociales. J’ai enseigné ces trois dernières disciplines dans le cadre universitaire en tant que docteur en sciences de l’éducation et professeur titulaire d’une agrégation de l’enseignement supérieur. Durant toutes ces années, je m’adonnai à une quête, tournée vers une approche centrée sur la personne dans le domaine de l’accompagnement au changement. Mes travaux reçurent un très bon accueil dans le milieu universitaire des sciences de l’éducation et très vite, la communauté scientifique fut interpellée par des concepts tels que la modifiabilité perceptivo cognitive, la connaissance par contraste, le constructivisme immanent, la relation de réciprocité actuante, et la philosophie du sensible. Si bien que ces concepts sont enseignés dans un certain nombre d’universités dans le monde et font l’objet de nombreuses publications scientifiques (cerap.org).

Puis, patatras… en 2012, ce cheminement si gratifiant d’un point de vue intellectuel, relationnel et scientifique fut soudainement interrompu préfigurant une période de dénigrement de ma personne sous le prétexte que la fasciathérapie serait à risque de dérive sectaire ou thérapeutique. Ce fut pour moi un choc terrible car dans la communauté scientifique internationale dans laquelle j’œuvrais, j’avais acquis la réputation d’être un chercheur très sensibilisé au statut du patient. Je ne me contentais pas de déployer une approche centrée sur la personne, mais je défendais le droit du patient.

Vous comprendrez bien ma joie de voir lavé mon honneur ainsi que de voir la fasciathérapie réhabilitée par la justice. (Cf. Rapport légifrance). Je ne souhaite à personne de vivre une telle aventure. elle a eu des effets très néfastes pour ma vie et pour mon image car les personnes sont très influençables par ce qu’elles lisent dans les journaux ou sites et ne soupçonnent pas qu’il peut y avoir derrière tout cela une campagne de dénigrement qui visait à stopper l’intégration des approches non conventionnelles dans le cadre institutionnel.

Le rapport de 2012 de la MIVILUDES a déclenché des réactions de rejet entraînant dans leur sillage des articles de journaux, des rapports de toute sorte le plus souvent remplis de données erronées ou totalement déviées. Nul doute que la victoire de Point d’appui et de FasciaFrance va ouvrir de nouvelles perspectives pour les approches non conventionnelles.

 

avr 17

Initiation à la méditation Pleine Présence Collective

Depuis 35 ans, je guide des méditations dans le cadre de structures de formation et à l’université. J’ai toujours pensé que la méditation associée à l’introspection sensorielle favorise la qualité de la relation à soi et à autrui et optimise les performances cognitives, intellectuelles et spirituelles.

Lorsque j’anime des grands groupes de méditation il arrive souvent que les personnes se demandent comment il est possible de se retrouver soi même au milieu de centaines de personnes. Elles ont même une certaine appréhension à offrir ainsi leur intimité au silence d’autrui.

Je donne toujours comme première consigne l’instauration du silence qui constitue l’assise de toute méditation : « chacun de nous participe à la qualité du silence collectif » et je fais remarquer qu’en retour « le silence collectif comme un immense miroir reflète et éclaire la présence à soi ».

Cette vidéo présente un extrait d’une pratique qui reprend un certain nombre de consignes que j’utilise régulièrement pour aider les personnes à s’intégrer dans la dynamique d’un groupe et à bénéficier de sa force.

Mon prochain grand rendez-vous qui aura lieu du 14 au 19 aout 2017 à Chamblay dans le jura, aura pour thème « Il est où le bonheur ? ». La méditation Pleine présence permettra de créer les meilleures conditions d’accès au silence collectif et individuel et à cette alchimie qui étonne toujours lorsque le silence se transforme en présence à autrui à soi et au monde.

Si vous souhaitez entrer dans l’atmosphère d’une méditation Pleine Présence collective, je vous invite à fermer les paupières, à garder le silence et à vous assoir le plus confortablement possible sur une chaise en adoptant une posture immobile et relâchée. Pour le reste, laissez les consignes et les silences vous porter en vous mêmes.

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août 30

L’écoute sensible du corps profond par le professeur René Barbier

Préface au livre « Sujet sensible et renouvellement du moi » s/dir de Danis Bois, Marie-Christine Josso et Marc Humpich – 2009

couv le sujet sensibleL’ouvrage dont j’ai l’honneur d’écrire la préface, réalisé par des chercheurs cliniciens autour de Danis Bois [1]correspond, pour moi, à un prolongement original d’un objet de connaissance que j’ai entrepris de connaître depuis longtemps, pratiquement et théoriquement : la question de l’écoute sensible [2].

Les thérapeutes des fascias troublés (fasciathérapie) et les pédagogues du corps en difficulté (somatopsychopédagogie) qui oeuvrent dans cette direction nouvelle, nous offrent dans ce livre une réflexion approfondie et clinique sur le Sensible comme concept clé de cette voie de recherche.

Danis Bois et Eve Berger l’affirment bien : le Sensible « repose sur l’existence, au sein des matériaux dont est fait notre corps (musculaire, osseux, vasculaire, viscéral…), d’une mouvance nommée dans un premier temps « dynamique vitale (…) puis dans deuxième temps « mouvement interne ». ». Ce mouvement interne reconnu est source de connaissance de soi et de l’autre et permet de répondre, de réagir à tout ce qui peut provoquer une perturbation corporelle. Le « Sensible » doit être conçu comme « la modalité perceptive elle-même, par laquelle le sujet peut accéder aux messages ainsi délivrés dans et par son corps ». Cet état d’être est de l’ordre d’un processus vécu et producteur de sens, lieu d’articulation entre pensée et perception. Ce sont des chercheurs sérieux, qui allient la pratique à la théorie et qui nous permettent de reconsidérer l’importance d’une reconnaissance du corps intégral dans le développement harmonieux de l’existence humaine.

On ne dira jamais assez à quel point cette reconnaissance est sans cesse à retrouver et à retravailler. Notre époque a trop tendance soit à esquiver la question du corps sensible, soit à l’instrumentaliser dans l’érection d’un corps spectaculaire qui lui fait perdre sa profondeur. Il me souvient d’avoir écrit il y a plus de trente ans dans la revue « informations sociales » un article sur « l’émotionnalisme » qui déjà, mettait en garde contre cette superficialité du corps .

Notre époque, en même temps, explore de plus en plus subtilement la connaissance du corps et les effets de sens qui lui sont redevables. Certains cliniciens, comme le docteur Deepak Chopra, à partir de la tradition de la médecine ayurvédique, dégagent même une réflexion bouleversante sur la notion de « corps quantique » [3] , au delà de toute apparence charnelle.

L’équipe autour de Danis Bois va bien en ce sens de la connaissance subtile du corps profond.

On sait, par ce livre, que tout part d’une insatisfaction de la pratique et du savoir théorique issus de la profession de Danis Bois, à la fois ostéopathe et kinésithérapeute. Une faille apparaissait dans les techniques du corps imposées pour manipuler les patients. Quelque chose échappait à l’évidence clinique. Il fallait tout reprendre à zéro et trouver un début de solution.

Le travail de terrain exigeant lié à la réflexion pointue a conduit Danis Bois à l’élaboration d’une théorie nouvelle qui a essaimé et à une chaire créée pour lui à l’université Moderne de Lisbonne au Portugal. Comme le montrent les collaborateurs de ce livre, il a su s’entourer d’une équipe de chercheurs impliqués qui ont pratiqué et théorisé avec lui cette pratique clinique.

Ce qui me paraît remarquable dans la théorie du corps sensible, c’est la reconnaissance que tout se joue à deux dès qu’il s’agit du corps. Certes cela est déjà reconnu et accepté dans des pratiques et des théories cliniques proches comme « l’abandon corporel » ou l’ « haptonomie » [4] . Mais chez Danis Bois, « la réciprocité actuante » est au cœur de l’oeuvre. Tout est dans la relation entre deux êtres humains qui doivent être à l’écoute de l’affectivité de l’un et de l’autre. Si « connaissance immanente » il y a au sein du corps vibrant, elle ne peut advenir à la conscience que par l’intimité relationnelle de deux êtres qui se respectent et s’apprécient. Le corps sensible ne se dit pas tout seul, séparé d’autrui, de soi-même et du monde. Il offre sa connaissance intime dans l’échange et le partage d’émotions, d’intuitions et de « prêt de sens » réciproques dont parle Jacques Ardoino dans son éloge de l’intersubjectivité. Le « mouvement interne » du corps apporte alors sa moisson de significations interpellantes et d’ouvertures sur l’inconnu de soi-même et de l’autre. Rien n’est jamais joué d’avance. Tout est sans cesse à découvrir dans l’instant du toucher et dans la présence cohabitée de l’un à l’égard de l’autre. Dans ce moment d’exception, la distinction entre le thérapeute et le patient s’estompe pour ne former qu’un seul être en relation vivante qui s’inclut dans une plus vaste demeure du vivant. La clinique du geste rejoint là une voie de sagesse, une contemplation dans un agir porté par un non-agir au sens taoïste. Peut-être est-ce la vacuité vécue de deux êtres qui opère la guérison, le dénouement des nœuds enfouis dans le corps profond. Le corps-rivière revient à lui-même. Le fluidique l’emporte sur le solidifié. Il me paraît évident que la notion de l’ « advenir » théorisée par Danis Bois va dans le sens de cette pensée asiatique. C’est dire que l’implication est au cœur d’une telle démarche. Encore faut-il préciser qu’il ne s’agit en rien d’un débordement narcissique sur l’autre mais d’une compréhension intime de ce qui fait sens dans la relation singulière, ici et maintenant, comme métaphore vive d’un réseau de relations et d’interactions beaucoup plus global, naturel et social. À l’écoute pratique du corps sensible, je découvre le corps du monde dans toute sa signifiance vécue. Dans le « je suis Cela » de la tradition non dualiste, le corps est tout entier concerné, sans possibilité de séparation artificielle, tout au plus de distinctions fonctionnelles qui n’excluent aucune reliance fondamentale. La multiplicité des regards médicalisés sur le corps distinguent pour le moins, quand elle ne les sépare pas, les innombrables parties du corps sans jamais détruire l’unicité reliée du corps dans la totalité de ce qui vit. Dans le cas contraire, elle ne soigne pas, elle fait mourir. Peut-être que savoir réellement toucher le corps d’autrui, c’est également savoir toucher un arbre sous son écorce et jusque dans sa sève en mouvement ? Les nourrissons ne s’y trompent pas, dans leur qualité d’être sans parole (infans) mais non sans connaissance sensible.

Dernièrement ma petite fille qui vient de naître s’est retrouvée dans les bras d’un moine zen. Elle a rarement été aussi tranquille et sereine qu’en étant ainsi protéger par les fougères de sa présence méditative et de sa « main percevante » (Didier Austry). C’est la raison pour laquelle je pense qu’au delà de sa technicité, le toucher et le massage du corps sensible jusqu’aux fascias relèvent d’une spiritualité laïque incarnée. Elle met en œuvre une phénoménologie cognitive de l’immanence corporelle par l’activation du « vide médian » dont parle François Cheng dans l’ordre de la beauté du monde [5]Voir la page web .

Reconnaître le « mouvement interne » et le vivre exige l’état de « présence » à soi, à l’autre et au monde simultanément. Je suis frappé par l’importance de ce concept de « présence » dans la théorisation de la somatopsychopédagogie. Christine Josso, Danis Bois et Eve Berger, Marc et Géraldine Lefloch-Humpich ou « l’instant présent en conscience » de Sylvie Rosenberg montrent bien que le moment de la présence est essentielle. Une fois de plus, je vois des rapprochements avec la dimension spirituelle de la méditation sans objet dans cet état d’être. La présence n’est pas de l’ordre de la volonté ou du désir. Elle est le résultat d’une quiétude intérieure d’une personne éveillée qui connaît sa charpente d’être intégrée à l’ordre du monde. L’ « attentionnalité » qui en résulte est donc l’expression sensible de cette « pensée de la non pensée » que la sagesse japonaise nomme « hishiryo ». Danis Bois et Didier Austruy sont tout à fait dans cette espace d’être lorsqu’ils écrivent : « Mais, pour nous, la relation au Sensible du corps donne accès à une nature différente de préréflexif, une forme de « pensée non pensée » propre au Sensible ». Sous cet angle le « style » thérapeutique instauré par Danis Bois relève d’une temporalité « autre ». J’ai appris par la pensée asiatique et son ouverture à la non-dualité, la reconnaissance de la nature essentielle de la présence comme instant vécu. Krishnamurti, ce penseur qui m’a longuement influencé, représente sur ce point, une référence incontournable.

Paradoxalement, le présent fait disparaître la temporalité de l’instant tout en reconnaissant sa seule existence. Le sujet réellement présent n’est ni dans le passé, ni dans l’avenir. Il vit dans l’instant même du présent à ce qui est, mais cette instantanéité ne donne lieu à aucune prise temporelle en terme de durée. Le sujet présent n’est pas dans le concept ou l’image mais dans un vide de conscience qui est pourtant un « plein » et non un néant. Un rien qui appréhende le tout. Il n’arrête pas le flux de conscience dans les détours de la mémoire ni ne l’excite dans le projet comme projections de figures d’espérance ou de désespérance tissant un avenir hypothétique. Le sujet présent se vit comme un être au cœur d’une attention vigilante à tout ce qui est et advient. Il passe sans cesse de l’intention à l’attention dans une perception directe de la réalité. Plus exactement sa seule intention est de faire attention. Il demeure parfaitement immobile au sein de l’extraordinaire mobilité du vivant et du monde. Il est sans mouvement psychologique intérieur et n’engendre aucune temporalité ni ne crée aucun espace superflu car il ressent, profondément, un espace sans limite et omniprésent. Il semble être tout l’espace en un seul point. L’infini dans le chas d’une aiguille.

Le sujet présent n’est pas dans un temps psychologique ou chronologique bien qu’il puisse en tenir compte, le cas échéant, pour les besoins d’une vie ordinaire et fonctionnelle. Il est a-temporel, au delà du temps et de l’espace, mais au cœur de ce qui advient. Il est la création même, mais aussi la mort (par la conscience de l’instantanéité de ce qui naît et disparait) et l’amour (par la reliance) nous dit Krishnamurti, comme termes équivalents. Il est jaillissement attentif de l’ écouter-voir dans son rapport aux autres, au monde et à lui-même. Il vit un moment de « pleine conscience » (Thich Nhat Hanh) comme une sorte de « trou noir » cosmique dans la conscience absorbant tout ce qui l’entoure dans sa conscience d’être . N’est-ce pas cet extraordinaire et pourtant si simple moment d’existence que vit le chercheur clinicien du « mouvement interne » propre au toucher institué par Danis Bois ? Plus encore, si j’en crois un peu les praticiens de ce mouvement, une telle pratique ne débouche-t-elle pas sur une joie subtile d’être au monde, liée à ce temps de silence méditatif que le philosophe contemporain Nicolas Go nomme pertinemment « silenciaire » [6] et qui nous fait renaître à l’existence inouïe dans le royaume de chaque instant ?

Notes

[1] Danis Bois, Marie-Chrisitne Josso, Marc Humpich, s/dir, Sujet sensible et renouvellement du moi. Les apports de la fasciathérapie et de la somato-psychopédagogie, collection Forum, éditions Points d’appui, 2009, 454 pages, 25 euros

[2] René Barbier, L’Approche Transversale. L’écoute sensible en sciences humaines, Paris, Anthropos, 1997, 357 p.

[3] Deepak Chopra, Le corps quantique, Paris, Interéditions, 2003

[4] Aimé Hamman et al., L’abandon corporel. Au risque d’être soi, Québec, Les éditions de l’Homme, Stanké, 1993 et Jean-Louis Revardel, L’univers affectif, haptonomie et pensée moderne, Paris, PUF, 2003

[5] François Cheng, Cinq méditations sur la beauté, Paris, Albin Michel, 2006

[6] Nicolas Go, L’art de la joie : Essai sur la sagesse, Paris, Buchet-Chastel, 2004

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