août 11

Le mouvement interne et spiritualité

Van goghAujourd’hui, je consacre une grande partie de mon temps à la réhabilitation du corps dans sa dimension sensible. Cette recherche passionnante a donné lieu à l’émergence de nouvelles disciplines, la somato-psychopédagogie, la psychopédagogie perceptive, qui ont largement fait l’objet de travaux universitaires, de communications et de publications. Cependant, si un grand nombre de concepts et pratiques liés à ces disciplines émergentes ont trouvé un ancrage scientifique, d’autres concepts demandent à être davantage cernés et parmi eux, on compte le concept du mouvement interne.

Aborder de façon frontale, l’expérience du mouvement serpentant dans l’intériorité d’un corps, c’est prendre le risque de la controverse de la part des personnes non averties. Notamment lorsqu’aucune théorie scientifique, n’est en mesure d’expliquer la présence d’un mouvement interne qui anime la chair. Cependant, la philosophie donne des pistes prometteuses de compréhension offrant un terreau dans lequel il est encore possible de semer des graines aventurières et audacieuses.

Habituellement, la notion de mouvement est assimilée à un déplacement objectif dans l’espace mis en jeu par tout un substratum anatomique, physiologique et fonctionnel bien connu. Si la physiologie et la neurophysiologie du déplacement objectif dans l’espace sont des phénomènes largement étudiés sur le plan scientifique, l’expérience subjective du mouvement l’a beaucoup moins été car elle implique la notion de conscience perceptive sans laquelle la saisie de la texture invisible par le biais de la sensation corporelle n’est pas permise. Je me suis bien sûr intéressé aux structures et fonctions du corps en mouvement dans leur dimension à la fois objective et subjective, donnant lieu à la création de la biomécanique sensorielle et de la gymnastique sensorielle.

La gymnastique sensorielle aborde le palpable (la forme extérieure, objective du mouvement) et l’impalpable (le vécu, le ressenti, l’intériorité du geste) qui recrute les ressources de l’être profond rassemblées dans un acte total de présence à soi. Dans ce contexte, le terme sentir désigne une sorte de vue intérieure par laquelle l’individu perçoit ce qui se passe en lui même. La perception dont il est question dans cette pratique gestuelle est dévouée aux phénomènes subjectifs qui se donnent dans la mouvement objectif. Cela implique de s’élever au dessus d’un mode de perception habituel.

Mais le mouvement que je souhaite aborder concerne si j’ose dire, une profondeur plus profonde. Il s’agit du mouvement interne qui se meut dans la chair de l’homme et que j’ai déjà abordé sous l’angle de l’ostéopathie fonctionnelle et de la fasciathérapie, dans un autre article de ce site.

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J’hésite toujours à exprimer les circonstances de ma première rencontre avec le mouvement interne. Cette expérience s’est donnée un certain soir de ma vie en 1979 alors que je faisais mes premiers pas dans la découverte de la méditation que je pratiquais de façon autodidacte. Mon intérêt pour la méditation était récent et n’était pas tourné vers une démarche spirituelle. Je méditais parce que je pensais qu’il me fallait développer ma perception pour optimiser mon toucher manuel crânien ostéopathique. En effet les sensations perçues sous la main lorsque l’on touche un crâne vivant sont très subtiles et requièrent une capacité à percevoir les manifestations internes et subjectives. J’adhérais bien sûr pour l’avoir expérimentée à l’idée que la vie se manifeste sous la forme d’un mouvement interne et invisible à l’œil nu, mais je souhaitais approfondir l’exploration de cette animation interne qui se donnait sous la main alors même que la structure anatomique restait totalement immobile. Le fait était là, je ne pouvais pas le contester, il y avait bien un principe de force qui animait le tissu dont l’origine dépassait mon entendement.

Je m’imposais une pratique méditative quotidienne. Elle consistait à m’isoler après ma journée de travail dans une pièce tranquille de ma maison, à fermer les yeux pendant une heure dans une posture immobile, assise ou allongée, et à observer toutes les manifestations intérieures corporelles, psychiques et émotionnelles qui se donnaient à ma conscience. Je traversais durant ces méditations des moments d’ennui quand je ne sentais rien de nouveau ou d’anxiété quand je rencontrais des phénomènes inconnus. Mais à d’autres moments je vivais des instants de félicité, de tranquillité et de calme. J’oscillais ainsi entre ces deux états antagonistes que je ne parvenais pas à contrôler.

Puis un soir, soudainement, de façon foudroyante, en tout cas c’est ainsi que je l’ai vécu à ce moment là, tout mon corps fut animé par un mouvement interne qui concernait chacune de mes cellules. Jamais je n’avais vécu cette sensation si intense et si vraie. Ce fut dans ma vie une expérience fondatrice d’autant que cette animation interne se prolongea dans le temps avec plus ou moins d’intensité jusqu’à devenir permanente quand je faisais l’effort de poser mon attention dans l’intériorité de mon corps.

À la suite de cet événement, je me suis naturellement intéressé à la spiritualité. Je pensais à l’époque que la réponse au questionnement que cette expérience suscitait en moi, ne pouvait se trouver dans une démarche scientifique. Je partis donc à la conquête du graal à la recherche d’une réponse qui pourrait éclairer mon expérience de cette animation interne. J’étais loin de penser que cette initiative me ferait rencontrer de nombreuses péripéties initiatiques. C’est l’époque de mes rencontres avec les grands maitres spirituels de l’Inde et les plus grandes figures du bouddhisme dans les montagnes Himalayennes. Cela correspondait à une période mystique pour moi qui dura une dizaine d’année. En effet, il m’a fallu du temps pour envisager que la rencontre avec la spiritualité n’apportait pas de réponse sérieuse à ma quête, ne reconnaissant pas dans l’enseignement reçu, une équivalence avec mes expériences intérieures du mouvement. Il était question d’autres choses, de chakras, d’énergies de toutes sortes, de corps subtils, de vies antérieures, d’éternité et de manières de vivre pour atteindre le nirvana.

Progressivement, je pris conscience que le monde spirituel était figé, fermé chez la plupart des Maitres que je rencontrais, même si parmi eux, certains m’avaient profondément touché par la qualité de leur présence et par leur sagesse qui paradoxalement me semblait presque inhumaine. C’est finalement, la mentalité des disciples et fidèles de tous bords, que je voyais convertie en une pensée unique et dogmatique qui finit par me convaincre de quitter ce milieu de façon définitive.

De mon passage dans l’univers de la spiritualité je retenais la découverte de Sri Aurobindo que je n’ai hélas jamais rencontré. En 1994, date à laquelle je me suis rendu dans son ashram à Pondichéry et découvrais l’œuvre de ce philosophe, poète et écrivain indien. Selon lui, il fallait davantage incarner la spiritualité dans le corps : un yoga qui ne serait pas essentiellement tourné vers le haut, mais aussi vers le bas. Il mit en évidence une nouvelle énergie descendante, un principe de force qui pénétrait dans la matière. Aurobindo attribuait à la matière une conscience qu’il appela la supra conscience, capable selon lui d’entrer en relation avec la réalité fondamentale qu’il décrivait de la manière suivante : cette force possède des mouvements dans mon corps, possède une masse, des intensités variables. On dirait le déplacement d’une substance vivante[1]. Ce philosophe mentionnait à propos de ce phénomène son caractère non exceptionnel, s’agissant d’une normalité pas encore conquise. Aurobindo proposait pour obtenir la conversion de la matière en conscience de travailler dans son propre corps et de découvrir le principe de conscience qui ouvre le pouvoir de transformer la matière.

Concernant les enjeux autour de la substance et du mouvement, je trouvais que Bergson se rapprochait le plus de ce j’appelais dans les années 80, la dynamique vitale. (1984). Parmi tous les philosophes, Bergson avec Aurobindo est probablement celui qui m’apportait le plus d’éclairage sur la présence d’un principe actif animant la matière, avec l’élan vital comme source de vie et comme force qui traverse la matière. Cette référence allait dans le sens d’une puissance créatrice qui se donne sous la forme d’une poussée interne portant la vie dans une direction donnée et selon un processus évolutif vers l’ouverture spirituelle. Bergson introduit aussi dans sa philosophie la Durée, qui me semblait en phase avec ma recherche de la subjectivité, car elle désigne d’une part, la valeur subjective de l’expérience intérieure relevant de l’élan vital, réalité unique et universelle, et d’autre part, la succession ininterrompue de changements au cœur de la matière dans un geste de conscience capable de saisir la subjectivité pure en coïncidence avec la pure intuition immédiate. « À chaque moment de notre vie intérieure correspond un moment de notre corps et de toute la matière environnante qui lui serait simultanée. Cette matière semble alors participer de notre durée consciente » (Bergson, 1968, p. 56)[2]. En rentrant en elle-même et en sondant sa propre profondeur, Bergson prône pour une conscience qui s’engage au cœur de la matière et de la vie « La matière et la vie qui remplissent le monde sont aussi bien en nous ; les forces qui travaillent en toute chose, nous les sentons en nous » (Ibid., p137).

[1] Satprem : Sri Aurobindo ou l’aventure de la conscience

[2] Bergson H. 1968, Durée et simultanéité, Paris : PUF

 

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juil 06

Rencontre avec Danis Bois : « Concept et pratiques de la Pleine Présence : Un nouvel art de vivre »

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A l’occasion de la rencontre qui a eu lieu les 1er et 2 juillet 2016, Danis Bois nous a présenté sa réflexion du moment sur la Pleine Présence, concept innovant, né de son expérience vécue et de sa pratique de la méditation.

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juil 04

Danis Bois – Une autre histoire sur le mouvement interne au début de la fasciathérapie

Ma rencontre avec le mouvement interne

IMG_2573Tout à commencé quand, jeune ostéopathe, j’étais intrigué par la présence d’une dynamique interne que je percevais dans les tissus de façon concrète dans ma pratique de cette thérapie manuelle. Conjointement à cette période, qui se situe à la fin des années 70, je découvrais la dimension métaphysique de ce phénomène à travers les convictions portées par les grands fondateurs de l’ostéopathie. Derrière le concept cher à l’ostéopathie « Le mouvement c’est la vie » je prenais conscience que ce concept allait bien au-delà de la simple restauration de la mobilité des articulations du corps et de ses effets sur la santé, il fallait entendre que « tout ce qui vit est en mouvement, et que la vie elle-même se manifeste sous la forme de mouvement » (Sutherland). Le fondateur de l’ostéopathie, A. Still offrait une perspective plus large à ce concept en lui associant la dimension de Dieu, « La vie est cette force calme envoyée par Dieu pour vivifier toute nature. »

Cet esprit, anima les premiers pas de l’ostéopathie et ceux des grandes figures de cette thérapie du début du XXème siècles, où comme le disait Becker, il fallait réveiller la connaissance de la divinité pour qu’elle guide la main du praticien. C’est à cette ostéopathie que j’ai été formé, sans pour autant adhérer pour autant à cette dimension de Dieu, qui me semblait excessive dans la manière d’être énoncée. Mais le fait était là, je ne pouvais pas le contester, il y avait bien un principe de force dans le tissu, dont l’origine dépassait à l’évidence la main de l’homme.

Je reconnais avoir été intrigué, voire même bouleversé par les phénomènes que ma main percevait dans l’intériorité des corps, au point que j’avais fini par questionner mes vécus sous l’angle de la métaphysique, même si à l’époque, je n’entendais rien à la philosophie. Je percevais des sensations qui me donnaient le sentiment de partager avec autrui quelque chose de plus grand que l’homme, ou pour le moins qui dépassait mon entendement. J’adhérais bien sûr, pour l’avoir expérimenté, à l’idée que la vie se manifeste sous la forme d’un mouvement interne et invisible à l’œil nu, mais je voulais mieux comprendre ce phénomène et m’engageais dans une recherche plus approfondie.

Les années 80, ont marqué le début de la fasciathérapie et mon éloignement de l’ostéopathie. J’ai beaucoup écrit sur ce tissu qui aujourd’hui a trouvé ses lettres de noblesses au niveau scientifique et ne reviendrais pas sur cet aspect souhaitant rester au plus près de ma thématique. Il me semble cependant important de préciser que durant toute la période de modélisation de la fasciathérapie, je continuais à me passionner pour le mouvement interne, mais cette fois-ci avec un regard incluant une dimension écologique. J’entrevoyais le mouvement interne comme une manifestation de la nature.

Dans cette nouvelle perspective le mouvement interne devenait une propriété naturelle de la nature humaine, présent chez tous, mais non conscientisé, non perçu sans un entraînement particulier.

Parmi toutes les potentialités à actualiser pour entrer en relation avec le mouvement interne, j’optais pour l’enrichissement de la potentialité perceptive qui m’apparaissait la plus adéquate pour saisir le flux permanent qui anime la matière. Naissait alors, un vif intérêt pour l’étude de perception sous toutes ses formes, m’entraînant vers de nouveaux horizons touchant les neurosciences, la psychologie et la philosophie.

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juin 08

Petite histoire sur le mouvement interne en fasciathérapie

Au début de mon parcours professionnel, j’étais influencé par l’esprit rationnel qui dominait le monde biomédical où seuls les éléments objectifs ont droit de cité. Mais progressivement, mes points de vue au contact du vécu associé à ma pratique se renouvelaient et je construisais ainsi un rapport différent aux choses et aux êtres. Face à cette mutation, je découvrais un être humain plus complet sollicitant chez moi de nouvelles interrogations : Qu’est-ce que l’humain ? Quel sens donner à la vie ? Comment soigner la présence à la vie ? Habituellement, la notion de présence concerne surtout la relation à autrui et à l’environnement, mais la nature de présence évoquée ici est une présence à soi, à partir d’un contact conscient avec l’intériorité du corps grâce à une perception affinée capable d’explorer l’intériorité vivante du corps.

Cette évolution s’est faite progressivement. C’est en tant qu’ostéopathe que j’ai exploré la vie interne tissulaire. Pour être plus précis et pour comprendre l’origine de la fasciathérapie, il convient de distinguer deux sortes d’ostéopathie, l’une dite « structurelle » que de nombreuses personnes connaissent lorsqu’elles se font manipuler le dos. Notons d’emblée que cette forme d’ostéopathie ne se limite pas à la manipulation vertébrale, elle a aussi une action sur le système nerveux autonome et périphérique et s’avère bénéfique sur un grand nombre de troubles fonctionnels, tels que des troubles viscéraux, des maux de tête, par exemple… Dans le contexte de l’ostéopathie structurelle le geste effectué est interventionniste et ne prend pas nécessairement en compte la force interne comme source de résolution.

L’autre forme d’ostéopathie, appelée « fonctionnelle », agit en priorité sur la fonction, plus douce et non manipulative, elle invite le praticien à se mettre au service de la force d’autorégulation qui anime le corps du patient. Après avoir pratiqué les deux formes d’ostéopathie durant quelques années, j’optais pour l’ostéopathie fonctionnelle que je considérais plus respectueuse de la vie interne du corps et de la personne. J’ai ainsi progressivement renoncé à pratiquer les techniques manipulatives pour m’intéresser à l’écoute du corps intérieur.

C’est ainsi grâce à l’ostéopathie fonctionnelle que j’ai appréhendé les mécanismes d’autorégulation liés à l’animation interne tissulaire.

Mon attachement à l’ostéopathie tient au respect que je porte au processus créatif développé par ses fondateurs même si aujourd‘hui je remets en partie en question ces théories.

Dans sa biographie, le Dr. Andrew Taylor Still[1] dévoile l’arrière-scène de la naissance de l’ostéopathie qu’il décrit sous la forme d’une métaphore « comme l’éclat d’un soleil, une vérité frappa mon esprit » donnant accès au caractère soudain de sa création et à partir de laquelle il s’engagea dans une recherche besogneuse faite de discipline et portée par un idéal fort. C’est, dira-t-il, « par l’étude, la recherche et l’observation, [que] j’approchai graduellement une science qui serait un grand bienfait pour le monde ».

Sur la base de cette dynamique Still développa ensuite le concept d’une vie dictée par une loi dont l’origine n’est pas conçue par la main humaine, « une loi qui, selon lui, maintient la vie en mouvement », une sorte de « pharmacie de Dieu » qui dépasse le pouvoir inventif de l’homme. En effet, selon Still, « l’homme possède en lui ce qu’aucune pharmacie, ce qu’aucune science ne peut remplacer. »

Comment ignorer également le processus de création de William Garner Sutherland[2] (1873-1954), fondateur de l’ostéopathie crânienne, et qui préconisait une écoute de qualité pour découvrir une vie interne en mouvement qu’il dénomma « le mécanisme respiratoire primaire ». A l’époque, je militais en faveur de l’idée émise justement par cet auteur : « permettre à la fonction vitale interne de manifester sa puissance infaillible, plutôt que d’appliquer une force aveugle venue de l’extérieur ».

On retrouve le même génie créatif chez Rollin Becker[3] (1910-1996) qui s’est mis au service de la capacité naturelle de l’organisme à déployer un principe de résolution grâce à l’écoute du jeu subtil des fascias animés d’un principe de vie.

Fasciathérapie-1Ainsi, entre 1980 et 1990, j’adhérais en partie à cette philosophie qui a finalement marqué les débuts de la fasciathérapie. Cependant, mon regard sur la puissance interne d’autorégulation changeait au fur et à mesure que mon expérience de la pratique manuelle sur les fascias se développait. Les paramètres de l’animation interne que je percevais ne correspondaient plus à ceux décrits par l’ostéopathie. A partir de ce constat, un nouveau concept thérapeutique émergea et prit le nom de « fasciathérapie » de par sa grande proximité avec le fascia et de par la nature de l’animation interne dénommée « mouvement interne ». Ce mouvement devint le maître d’œuvre de la force d’autorégulation du vivant qui anime la matière du corps. C’est une force de croissance incarnée (au sens de palpable dans le corps).

Fasciathérapie-2Evaluation qualitative du mouvement interne

Rappelons que la physiologie classique définit différents types de mouvements objectifs : mouvement majeur, mouvement automatique et mouvement réflexe, dont la particularité est d’être visible dans leur déplacement. Le mouvement interne, en revanche, de nature subjective, est invisible à l’œil nu puisqu’il se meut au cœur de la matière corporelle. Le témoin de cette animation interne plonge alors dans une atmosphère de lenteur tissulaire qui lui donne accès à une profondeur insoupçonnée.

J’ai, dans ma recherche doctorale[4], évalué l’impact des programmes d’enrichissement perceptif sur la transformation des représentations de l’adulte auprès de vingt-huit étudiants suivant la formation universitaire que je proposais à l’époque. Parmi les 600 pages de témoignages recueillis, le terme apparaissant le plus souvent était celui de mouvement interne.

A l’époque, je me suis donc trouvé devant un cas d’éthique, fallait-il mettre en exergue les témoignages insolites mentionnant le caractère magique de l’expérience du mouvement interne. Ou fallait-il au contraire mettre en sourdine ces données un peu trop extraordinaires ou pour le moins étonnantes pour la mentalité de mon directeur de recherche, très ancrée vers les sciences objectives. J’optais pour la seconde solution, soignant le discours de façon à rendre acceptable le contenu des témoignages que je présentais comme étant des « étrangetés perceptives ».[4] J’écrivais ainsi : « on voit se déployer la description d’un mouvement interne chez la plupart des participants, mais chacun d’eux pose un regard différent sur lui, rendant l’analyse du mouvement interne difficile. Nous avons alors orienté notre analyse sur des sensations et des états plus tangibles que sur les états perceptifs associés au mouvement interne qui nous semblent plus difficilement conceptualisables. ».

Vingt-sept étudiants mentionnaient de façon explicite la rencontre avec le mouvement interne qu’ils qualifiaient, de plus, comme étant l’expérience fondatrice la plus marquante de leur formation.

Dans une autre étude toujours en lien avec le mouvement interne, une enquête fut réalisée sous la forme d’un questionnaire auprès de quatre-vingt-onze de mes étudiants en formation universitaire. La population étudiée présentait une moyenne d’âge de 43 ans, avec une répartition de 69% de femmes et 31% d’hommes. J’ai revisité dernièrement le résultat de cette recherche qui, à l’époque, n’avait pas attiré mon intérêt et qui aujourd’hui revêt tout son sens dans la mesure où trois questions concernent directement le rapport au mouvement interne.

La première, « avez-vous déjà perçu un mouvement interne dans votre corps ? », donna lieu à un résultat très significatif puisque 95 % des personnes interrogées répondirent par l’affirmative. A la seconde, « quel est l’état qui accompagne la perception de ce mouvement interne ? », les participants étaient invités à se prononcer à partir d’un choix multiple allant du très agréable (60,4 %), agréable (28,6 %), neutre (4,4 %), désagréable (0%) au très désagréable (0 %). Les pourcentages manquants sont dus à une absence de réponse ou à plusieurs réponses. Et enfin, à la troisième question, « quel a été le temps nécessaire qu’il vous a fallu pour rencontrer le mouvement interne ? »,  la réponse donna lieu à un temps moyen de plus de deux années (2,32 ans).

Avec du recul, je trouve cette enquête très éclairante car elle montre d’abord que la rencontre avec le mouvement interne demande un temps d’appropriation relativement long. Cependant on constate que la grande majorité des étudiants, après un entrainement perceptif adéquat, dépassent les difficultés perceptives et parviennent à instaurer une proximité vivante avec le mouvement interne. De la même façon, on note que l’expérience est pour la plupart des participants vécue comme très agréable ou agréable.

Si la présence du mouvement interne n’a pas pu jusqu’à ce jour être mise en évidence par la preuve objective, en revanche, la recherche qualitative permet d’en rendre compte sur le mode de l’expérience.

[1] Still, A.T. (1998). Autobiographie (1897). (P. Tricot, trad.). France : Editions Sully.

[2] Sutherland, G. (2002). La coupe crânienne.

[3] Becker, R.E. (2000). L’immobilité de la vie : la philosophie ostéopathique de Rollin E. Becker, D.O. (P. Tricot, trad.)

[4] Bois. D. (2007). Le corps sensible et la transformation des représentations chez l’adulte. Thèse de doctorat, Université de Séville.

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mai 21

Petite histoire sur la fasciathérapie par Danis Bois

J’étais encore jeune ostéopathe quand, dans le début des années 1980, je pris la décision de m’intéresser à ce merveilleux tissu qu’est le fascia et d’y consacrer une partie de ma vie de praticien et de chercheur. Le terme « fascia » est un mot latin signifiant bande, bandelette, et qui progressivement s’est transformé en un terme anatomique. Le Petit Robert (2007) lui attribue comme définition : « membrane de tissu conjonctif qui enveloppe des groupes de muscles et certains organes dont elle assure le maintien. » Il est intéressant de constater qu’en anglais le tissu conjonctif se dit « connective tissu » mettant en relief la fonction de liaison du fascia entre les différentes structures anatomiques. Le terme fascia a été repris par le fondateur de l’ostéopathie, le Dr. Andrew T. Still (1828-1917), faisant de ce tissu « l’endroit où il faut chercher la cause de la maladie »[1]. Pour donner une idée de l’importance de ce tissu, le chercheur Léon Page rapporte que s’il était possible d’enlever tous les éléments tissulaires du corps à l’exception du tissu conjonctif, l’apparence superficielle du corps ne serait pas grandement changée. Comme une vaste toile d’araignée, le fascia relie la tête aux pieds et la profondeur à la superficie. Il offre au corps une unité anatomique et fonctionnelle.Danis Bois

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